Collegium Rosæ Crucis


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Les Rose-Croix d'Or & la Kabbale au XVIIe siècle.

     C'est à la Renaissance que les Hermétistes, les Théosophes & les Philosophes Chrétiens commencèrent à s'intéresser à la Kabbale Judaïque. Ces derniers y voient un retour aux sources du Christianisme, mais aussi une façon d'appuyer leurs intentions de conversion des Juifs d'Europe. Les premiers écrits qui traitent de Kabbale Chrétienne proviennent du Comte Jean Pic de la Mirandole (1463-1494), qui écrivit 900 Conclusions ou Thèses concernant le syncrétisme Chrétien envers les sciences et les autres Religions, dont la Kabbale. Ce dernier fut un disciple de Marsile Ficin (1433-1499), philosophe humaniste et néoplatonicien. On lui doit la traduction latine de Platon, Venise, 1491 ; des Ennéades de Plotin, Florence, 1492 ; du Corpus Hermeticum d'Hermès Trismégiste ; de plusieurs traités de Jamblique, de Porphyre de Tyr, Venise, 1497 ; de Denys l'Aréopagite, Cologne, 1536 & de nombreuses autres œuvres personnelles.

    Citons également Guillaume Postel (1510-1581), orientaliste, philologue et théosophe français qui étudia et traduit des partie du Zohar, avançant les théories d’Isaâc Louria sur les deux Messies, celui de Joseph et celui de David, il influença grandement les mentalités de son époque. Ou encore Johannes Reuchlin (1455-1522) qui étudia le traité “Shaarei Orah - Portæ Lucis - les Portes de la Lumière” de Rabbi Joseph Gikatila (1248-1325) et qui publia en 1517 “De Arte Cabbalistica — De l'Art Cabbalistique”. Comme beaucoup de Philosophes et de Lettrés Chrétiens, l'interprétation de la Kabbale est Platonicienne et néo-platonicienne. La liste est longue, mais il faut également mettre en avant l'œuvre de Henri Corneille Agrippa de Nettesheim (1486-1535), De Occulta Philosophia (La magie naturelle, la magie céleste, la magie cérémonielle, dont la première version date de 1510 & la première édition de 1531-1533). Cet ouvrage est une des premières introduction à la Kabbale et à la Magie, et toutes les sociétés secrètes puiseront inévitablement dans cette œuvre.

    Au XVIIe siècle, l'engouement véritable pour la “Kabbale” commença avec la publication du Tome I de la “Kabbala Denudata” (4)  à Sulzbach (Bavière septentrionale), en 1684 et le Tome II à Francfort, la même année par le  Baron Christian Knorr von Rosenroth (1636-1689) et Franciscus Mercurius van Helmont (1614 - 1699), qui sont tout deux les co-auteurs de ce texte capital dans l’histoire de la Kabbale Chrétienne.


Christian Knorr von Rosenroth, Franciscus Mercurius van Helmont & la Kabbale d'Issâc Louria.

    Christian Knorr von Rosenroth est surtout connu comme Kabbaliste, mais ce fut surtout un Alchimiste et un Théosophe révolutionnaire très influencé par l’œuvre de Jacob Boëhme (1575-1624). Il voyagea en France, en Angleterre & en Hollande où il reçu un enseignement Kabbalistique par différents Rabbins comme Meir Stern à Amsterdam. Dès lors, il se passionna pour la Kabbale Moderne d’Isaâc Louria (1534 - 1572). Il voyait dans l’explication de l’Adam Qadmon (Adam Primordial ou Protoplasthèse) de la Kabbale Lourianique, la figure du Christ, ce qui est clairement expliqué dans l’essai qui est contenu dans la “Kabbala Denudata”, nommé “Adumbration Kabbalæ Christianæ”, qui est parfois attribué à Franciscus Mercurius van Helmont.

    Il écrivit également différents ouvrages, comme “Apokalypse-Kommentar — Nachdruck der Eigentliche Erklärung über die Gesichter der Offenbarung S. Johannis ... Geschrieben durch Peganium Anno M. DC. LXX” en 1670. Et une autre pièce maîtresse de son œuvre, “Conjugium Phoebi & Palladis. Oder Die erfundene Fortpflantzung des Goldes / Chymische Allegorie”, Sulzbach 1677, qui est un Opéra représentant une allégorie Alchimique du Grand-Œuvre, mettant en scène les Métaux, les Dieux, les phases de l’Œuvre, et les esprits élémentaires. Il écrivit non seulement le livret, mais aussi la musique.

    C’est lors de son passage en Hollande qu’il fit l’heureuse rencontre de Franciscus Mercurius van Helmont. Ce dernier était le fils du célèbre Alchimiste & Médecin Jan Baptist van Helmont (1579-1644). Mercurius van Helmont fut un disciple et un ami de Platonicien Henry More, qui participa également à l’annotation de la “Kabbala Denudata”. Il écrivit et publia un ouvrage sur la langue hébraïque “Alphabeti vere Naturalis Hebraici”, (5) également à Sulzbach en 1667. Ses compétences et son intérêt pour la Kabbale et l’Alchimie le menèrent dans la prison de l’Inquisition de Rome, où il fut torturé pendant près de 18 mois pour cause de “Judaïsation”. Il écrivit également “Un  Dialogue Cabbalistique” (la version latine fut publiée en 1677, et la version anglaise en 1682).

    Christian Knorr von Rosenroth & Franciscus Mercurius van Helmont entreprirent de traduire en Latin les documents qu’ils avaient à leur portée, le Sefer ha-Zohar (Idra Rabbah, Idra Zuta & Sifra di-Zeni’uta), ainsi que les textes se rapportant au Tiqouné Zohar,  essais de Rabbi Naphtali Herz, de Rabbi Jacob Elhanan, & le Sha’ar ha-Shamayim (6)  d’Abraham Cohen de Herrera.

    Ils se penchèrent plus particulièrement sur les écrits de Rav Isaâc Luria, dit le Ariz’al, (transcrits par son disciple Rav Chaïm Vital). Rabbi Isaac Ashkenazi Louria (1534- 1572), fut un Rabbin, mais surtout un grand Kabbaliste. Il est considéré comme le penseur le plus profond du mysticisme juif parmi les plus grands et les plus célèbres, et le fondateur de l’École Kabbalistique Moderne de Safed. Il fut même identifié par certains Sages comme étant le Machia`h ben Yossef, le Messie de Joseph, ou premier Messie. On le connaît aussi sous le nom du Ari, acrostiche de Ashkenazi (ou ha-Eloqi) Rabbi Isaac, “ Ari — Lion” en hébreu, Ari zal (Ari sa mémoire est une bénédiction) ou Ari ha-Qadosh (le Saint Ari). À 15 ans, il épousa la fille de son oncle, après quoi les époux se retirèrent dans une île déserte sur le Nil qui appartenait à son oncle et beau-père. Isaac Louria s’y consacra principalement au Zohar et aux œuvres Kabbalistiques antérieures. Il y mena une vie d’ascèse et commença à avoir des visions qui le guidèrent, en 1569 à la suite d’un appel intérieur, a s’installer à Safed. Il fut disciple de Rabbi Moïse Cordovero (1522-1570) jusqu’à la mort de celui-ci, puis il y enseigna la Kabbale.Il mourut à Safed, au cours d’une épidémie, deux ans plus tard.

    On peut retenir trois concepts clefs de sa doctrine :
  • Le Tsimtsoum, retrait ou contraction de Dieu.
  • La Chevirat ha-Kelim ou la Brisure des Vases.
  • Le Thiqoun, Réparation ou Réorganisation.
     Son Œuvre fut transcrite par plusieurs de ses disciples, mais le plus connu est sans aucun doute Rabbi Chaïm ou Hayyim ben Joseph Vital (1543 – 1620), il fut non seulement Kabbaliste, mais aussi Médecin et Alchimiste. Parmi ses œuvres, mentionnons : L’Arbre de Vie (Sefer Etz Chayyim), le Livre des Visions (Sefer ha-Hetihonoth), Livres des Réincarnations (Sefer ha-Giloulim), Choulhan Aroukh Shel ha-Rav Yitzhak Louria, commentaire sur l’ouvrage de Yossef Karo, Aourchott Tsaddiqim (les Lumière des Justes), Patora de Abba.

   Au XVII ème, C. Knorr von Rosenroth, Franciscus Mercurius van Helmont & le Duc Albrecht fondent un Collège à la cour de Sulzbach. On y étudie la Kabbale et on y pratique l'Alchimie.

   C'est toujours à Sulzbach, mais cette fois, dans le premier tiers du XVIII ème siècle, qu'un autre personnage important, le Dr Bernhard Joseph Schleiss von Löwenfeld (1731-1800) alias Frater Phoebron (7), étudia et développa un système syncrétique entre Kabbale & Alchimie, provenant sûrement des documents du cercle précédent créé par von Rosenroth & van Helmont. Nous ignorons si c'est bien B.J. Schleiss von Löwenfeld qui est à l'origine de la fondation des Rose Croix d'Or d'Ancien Système du XVIIIe siècle car les auteurs divergent sur ce sujet, mais une chose est évidente, ce fut un Alchimiste convaincu et convainquant, il fut membre de l'Ordre et s'en retira à la suite d'une de ses nombreuses réformes.

    Notons également la présence d'Hermann Fictuld, alias Elias Artista, qui affirme dans son Aureum Velleus (1747), qu'une Societas Roseæ et Aureæ Crucis — Société de la Rose-Croix d'Or” existe bien à cette époque. Certains auteurs comme Marx McIntosh évoquent le fait que Fictuld serait à l'origine de cette Société, & par la suite du mouvement para-maçonnique naissant que sera l'Ordre de la Rose Croix d'Or d'Ancien Système — Orden Golden und Rosenkreutzer des alten Systems.


    L'Ordre Para-Maçonnique des Rose-Croix d'Or d'Ancien Système.

    Ce système est connu sous le nom de l'Ordre de la Rose Croix d'Or d'Ancien Système, il se développa à travers la Franc-Maçonnerie Allemande, alors naissante, de la Stricte Observance Templière et ces Rosicruciens n'acceptaient que des Maîtres Maçons Écossais dans leur rang, promettant de leur dévoiler les Hauts Secrets qui sont dissimulés dans la Franc-maçonnerie. En effet, la création de l'Ordre correspond avec l'engouement des Haut Grades Maçonniques au-delà des Loges Bleues, les Loges dites “Rouges”.

     C'est donc aux environs de 1750, et plus probablement en 1757, que l'Ordre nommé “Orden Golden und Rosenkreutzer des alten Systems” fut créé sur des bases de Piétisme Chrétien. Les fondateurs de l'Ordre ne sont pas vraiment authentifiés, selon les auteurs, les leaders historiques seraient Bernhard Joseph Schleiss von Löwenfeld (1731-1800), Johann Georg Schepfer (1739-1774), Friedrich Josef William Schröder (1733-1778), Johann Rudolf von Bischoffswerder (1714-1803) & Johann Christof Wöllner (1732-1800), peut être sur les bases du Cercle de B.J. Schleiss von Löwenfeld ou de la Societas Roseæ et Aureæ Crucis d'Hermann Fictuld.

    La première trace concernant cet Ordre date de 1761. Il s'agit d'un cercle Praguois nommé “Praguer Assemblée” qui serait un cercle local composé en 7 Grades :

I°       Néophytes,
II°     Juniores,
III°    Philosophi Minores,
IV°    Philosophi Majores,
V°     Philosophi Majores Primarii,
VI°    Adepti Exempti &
VII°  Magi.

    Leurs enseignements sont assez proche de l'Ordre des Philosophes Inconnus du Baron Henry de Tschoudy (1727-1769), auteur du fameux ouvrage maçonnico-alchimique, “L'Étoile Flamboyante”, ainsi que des écrits d'Herman Fictuld. Ce groupe Praguois n'acceptait dans leurs rangs que des Franc-maçons Chrétiens.

    L'Ordre subit une première réforme en 1767, les enseignements sont exposés comme provenant de l'Antiquité (la mode étant de rechercher les racines de la Franc-maçonnerie chez les Templiers et autres Ordres réels ou mythiques), provenant même d'un certain Prêtre Égyptien nommé Ormus. On peut voir dans cet Ordre, la naissance des fameux “Maîtres ou Supérieurs Inconnus” qui seront repris dans la Théosophie de Mme Blavatsky, & plus tard dans l'Ordre Hermétique de la Golden Dawn : mais, en fait, la majorité des enseignements Alchimiques proviennent de leurs Frères Aînés, la Fraternité de la Rose Croix d'Or., et un grand nombre de leurs enseignements sont des compilations d'ouvrages Alchimiques classiques de niveau inégal, de documents des Rose Croix d'Or du XVII ème et de Kabbale Lourianique.

    Notons par exemple “le Compas des Sages - Der Compass der Weisen” (1779) d'Adam Michael Birkholz, sous le pseudonyme de Ketmia Vere, ouvrage central des enseignements de la Rose Croix d'Or d'Ancien Système.

    Ou encore des ouvrages ayant eut une immense influence sur cet Ordre, comme le fameux “Opus Mago-Cabbalisticum et Theosophicum” qui fut publié pour la première fois à Frankfurt en 1719 sous le pseudonyme de Gregorius Angulus Sallwigt, qui ne serait autre que Georg von Welling (1655-1727), ouvrage maintes fois réédité, et considérée comme une ‘Bible” par les Rose-Croix Franc-maçons de cette époque. Cet ouvrage à clés expose les trois principes Alchimiques du Sel, du Soufre et du Mercure, en des commentaire Chymiques, mais aussi avec des interprétations Théosophiques des Saintes écritures vue sous le prisme de la Kabbale Chrétienne & de l'Alchimie.

   Ils définissaient les bases de leur Ordre comme suit.

1. La Tradition originale Rosi-Crucienne provenant des Manifestes, (bien que nettement modifiée).
2. Une nouvelle emphase Alchimique. (Provenant généralement de la génération précédente des Rose Croix d'Or).
3. Une sorte de piété Chrétienne très austère.
4. Un lien avec la Franc-maçonnerie en général, les Hauts-Grades de la Maçonnerie Française et Suédoise.

     L'Orden Golden und Rosenkreutzer des alten Systems, prit de l'expansion dans toutes les provinces Allemandes, en Autriche, Saxonie, Hongrie, Russie & Pologne. Le premier cercle de Sulzbach, fut transféré à Berlin, et d'autres cercles furent créés à Prague, à Regensburg & à Frankfurt-am-Main etc, partout où la Franc-maçonnerie comptait des membres intéressés par la Kabbale & l'Alchimie. Chaque cercle ne devant pas excéder 9 membres, les cercles se multiplièrent jusqu'à leur interdiction dans certains états. La Hongrie, la Pologne & la Russie comptaient 27 centres, soit 243 membres ; la Germanie comptait 26 cercles, soit 234 membres, un total de plus de 1000 membres en 1785 à travers toute l'Europe de l'Est. L'Ordre comportait toutes sortes de membres, des plus humbles aux nobles de hauts rangs. Les Grades étaient au nombre de 9. (Voir ci-joint les Grades.)

1. Juniores,
2. Theoretici,
3. Practici,
4. Philosophi,
5. Minores,
6. Majores,
7. Adepti Exempti,
8. Magistri,
9. Magi.

    Ces grades seront repris par la suite dans de nombreuses structures Rosi-Crucienne comme la Societas Rosicruciana In Anglia (S.R.I.A.) & plus tard dans l'Hermetic Order of the Golden Dawn. Cette dernière organistation prétend descendre de la Rose Croix d'Or d'Ancien Système, mais une analyse comparative & systématique des enseignements permet d'affirmer le contraire. Bien que les dirigeant et les fondateurs de la Golden Dawn aient eu accès à certains documents imprimés de la Rose Croix d'Or d'Ancien Système, les fondements même des correspondances entre Alchimie & Kabbale sont totalement différentes, les enseignements Alchimiques de la Golden Dawn étant presque inexistant ou de qualité très médiocre, et les enseignements Kabbalistiques totalement différents. Les seuls faits communs qui les caratérisent étant une structure Para-Maçonnique, une quête des Supérieurs Inconnus permettant d'asseoir leur ancienneté & une certaine autorité sur leurs membres.
 se
Pic de la Mirandole
Comte Jean Pic de la Mirandole (1463-1494)



Baron Christian Knorr von Rosenroth (1636-1689)
Baron Christian Knorr von Rosenroth (1636-1689)

Franciscus Mercurius van Helmont (1579-1644)
Franciscus Mercurius van Helmont (1614 - 1699)

Kabbala Denudata
Kabbala Denudata,
 par
Christian Knorr von Rosenroth
&
Franciscus Mercurius van Helmont
. Sulzbach 1684.

Sefer Etz Chayim
L’Arbre de Vie — Sefer Etz Chayyim.



Compass der Weisen (1779)
Der Compass der Weisen (1779)

Opus Mago-Cabbalisticum et Theosophicum
Opus Mago-Cabbalisticum et Theosophicum,
par Georg von Welling (1655-1727)
.





Notes :

(4) Kabbala Denudata de Knorr von Rosenroth. Version latine ZIP, PDF des 2 tomes. (Retour).
(5) “Alphabeti vere Naturalis Hebraici” — The Alphabet of Nature by F.M. van Helmont. Translated with an introduction and annotations by Allison P. Coudert & Taylor Corse. Éditions Brill, 2007. (Retour).
(6) La version Française du “Sha’ar ha-Shamayim —  Le Portail des Cieux”, d’Abraham Cohen de Herrera. Éditions de l'Éclat, 2010. (Retour).
(7)  Bernhard Joseph Schleis Von Loewenfeld serait l'auteur de “Der Im Lichte Der Wahrheit Strahlende Rosenkreuzer Allen Lieben Mitmenschen auch dem Magister Pianco ” qui est une réponse au pamphlet exposant le système des Rose Croix d'Or d'Ancien Système, nommé “Der Rosenkreutzer in seine Blösse”.  La version Anglaise est disponible chez Golden Dawn Trust, collection Ancient Texts of the Golden Rosicrucians. (Retour).






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